L'un des rares avantages de la crise actuelle est de médiatiser et d'expliquer les mécanismes et méthodes employées par la finance pour engranger toujours plus de gains quel qu’en soit le prix humain.
Ce système très opaque jusqu'à une date récente est aujourd'hui de plus en plus dévoilé et ce que l'on découvre va bien au delà de ce que l'on imaginait.

Ce que l’on nomme « finance » regroupe en fait un ensemble complexe de sous-systèmes privés qui se sont mis en place petit à petit au fil des siècles. La majeure partie des pouvoirs régaliens des états ont été confisqués progressivement par de subtils jeux d’influence au profit d’une minorité internationale sans patrie et non élue : les rentiers.

Les agences de notation financières sont un des rouages essentiels de ce système et leur responsabilité dans la crise actuelle est énorme.

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Les agences de notation et leur pouvoir exorbitant
Les agences de notations ont pour vocation d'estimer le risque associé à une entité financière par l'attribution d'une note.
Par entité financière, on entend en gros tout ce qui s’achète comme un produit dérivé, une dette ou une assurance mais également la capacité de remboursement d’une entreprise, d’un état, etc…
Ces notes sont alors utilisées par « le marché », c’est à dire les établissement financiers à travers leurs traders pour décider des stratégies d'investissements correspondantes.
Les 3 principales agences de notations son américaines :
- Standard & Poor
- Moody’s
- Fitch Ratings
Ces agences ont en particulier une mission d’expertise sur des produits de plus en plus complexes tels que les mystérieux produits dérivés dont le « trafic » a explosé durant les 15 dernières années.

Les agences font la pluie et le beau temps
Le pouvoir des agences est immense car « les marchés » leur font une confiance aveugle. L’actualité le prouve au quotidien comme le montre l’explosion des taux d’intérêts consentis à la Grèce liés à la baisse des notes que lui ont attribuée les agences.

L’influence des notes sur les taux d’intérêts des prêts
Toute entité (entreprise, état,…) qui est amenée à faire des emprunts sur le marché se voit donc attribuer une note sensée caractériser la fiabilité et la capacité de remboursement de cette dernière.
Si la note est maximum soit AAA (triple A), alors l’emprunteur est considéré comme solide et on lui accorde les taux les plus bas.
Ex : la France avec son (actuel) triple A emprunte sur le marché à un taux de 3% environ pour financer son déficit.
Si la note est moins bonne, alors le risque de défaut de paiement est jugé plus élevé et on lui accorde les taux d’intérêts plus élevés pour compenser ce risque (je risque plus donc je gagne plus).
Ex : la Grèce avec son BBB+ emprunte sur le marché à un taux de 6.25% environ. Pour rappel, en 2001 lors de l’entrée de la Grèce dans la zone Euro, sa note était AAA…

Comme on le voit les agences sont capables d’exercer un chantage indirect vers les états en les menaçant de dégrader leur note si leur politique monétaire n’est pas « conforme ».

Est il normal que des entreprises privées aient indirectement le pouvoir de dicter à des états souverains leur politique budgétaire et par voie de conséquence leur politique sociale ?

Les agences de notation, un ramassis d’incompétents ?

Les agences en première ligne de la liste des responsables de la crise
Lors de la crise de 2007/2008, tout le monde a été forcé d’admettre la responsabilité primordiale des agences de notation dans la propagation au monde entier des actifs dits pourris, elles furent en évidence coupables de n'avoir pas pris la mesure des risques associés aux CDS.
Curieusement nos 3 principales agences ont accordé la note maxi à 5000 fonds dont une bonne partie d'entre eux ne vaut aujourd'hui plus un clou.
La responsabilité des agences dans cette crise est donc énorme car elles ont estimé que des produits très risqués ne l'étaient pas encourageant les investisseurs mondiaux à les acheter en masse, ce qui a fortement contribué à mondialiser la crise.

Alors de 2 choses l'une, soit ces agences sont remplies d'incompétents, soit elles avaient de bonnes raisons de mettre des notes élevées à ces produits (ou un peu des deux).

Conflits d’intérêts
Lorsque l'on sait que ce sont des sociétés elles même notées qui financent les agences de notation, on prend immédiatement conscience du conflit d'intérêt (*).
On se souviendra également que la société Enron avait reçu une bonne note jusqu'à 4 jours avant sa faillite.
Lehman Brothers était encore crédité d'un A+ le matin même de sa chute !

(*) Voir l'article du "Canard Enchaîné" du 17/12/2008.

Les agences recrutent les derniers de la classe
Il est déplorable de constater que les meilleurs matheux issus des grandes écoles et autres universités ne mettent plus depuis belle lurette leurs talents au service de la science. Il est beaucoup plus lucratif pour eux d’aller travailler dans les salles de marché pour concevoir des produits dérivés basés sur des modèles mathématiques si complexes que personne ne les comprend.
Quand aux cancres, les derniers de la classe, ne trouvant pas de débouchés dans la finance, ils vont se faire recruter par les agences de notation où ils sont donc chargés d’analyser et noter des produits qui les dépassent conçus par les forts en maths qui les laissaient loin derrière à l’école !

On commence alors à comprendre les AAA attribués en amont à des produits pourris.

La libéralisation des agences de notation
Les 3 agences américaines possèdent un monopole de fait sur le marché des agences de notation.
C’est pourquoi l’Europe parle de plus en plus de créer sa propre agence qui pourrait faire contrepoids à cette situation de monopole. En quelque sorte, cela revient à libéraliser le marché des agences de notation, le concept de libéralisme serait alors pour une fois utilisé à bon escient !

La France à l’abri ?
Du haut de notre AAA, nous regardions sans doute avec condescendance la chute de la Grèce en palabrant avec l’Allemagne sur le type de mesures que l’on pourrait envisager pour aider ces malheureux Grecs.
Aujourd’hui, la fête est finie, notre pays ne fait plus partie des premiers de la classe car l’agence Fitch vient de déclarer que notre triple A pourrait bien être revu à la baisse si des mesures budgétaires plus sérieuses n’étaient pas prises en 2010.

Cette information n’a pas franchement fait la une des médias mainstream, mais elle est de taille…

L’agence Fitch
L’agence Fitch est une filiale américaine de la FIMALAC, une société française fondée par un énarque (*) Marc Eugène Charles Ladreit de Lacharrière.
http://www.pauljorion.com/blog/?p=9025#more-9025
Ce dernier semble se détacher de sa filiale vu qu’une perte de monopole dans ce domaine est dans l’air du temps. Cela pourrait expliquer que cette agence ne prend plus de gants avec son futur ex pays d’origine.

(*) ENA : Grande école Française qui forme des étudiants à la pensée unique.

La Grèce, un laboratoire expérimental
Pour le moment tout le monde a les yeux rivés sur la Grèce où la population ne semble pas prête à se faire tondre pour compenser les déficits dus en grande partie aux exactions de la finance :
- le fameux swap taillé sur mesure pour la Grèce par Goldman Sach en 2001 afin que cette dernière masque son déficit réel pour entrer dans la zone Euro
- la dégradation (comme partout) des comptes de l’état Grec induits par la crise économique dont la finance et les agences de notation sont à 100% responsables
- la spéculation sur la faillite des états à l’aide des CDS (voir mon article précédent)

Si la population Grecque tient bon, alors sa résistance fera jurisprudence. Les gouvernements libéraux des autres pays y regarderont à 2 fois avant de tenter à leur tour de faire payer la facture par la population.

Ce qui nous attend est donc très vraisemblablement lié à la capacité de résistance du peuple Grec à l’oppresseur Finance…

Questions
La première question qui se pose est de comprendre pourquoi les agences ont conservé la confiance des marchés alors qu’elles ont fait preuve d’autant d’impéritie.
Réponse : parce que les marchés n’avaient pas de solution ni de système de pensée de rechange.

Ensuite et surtout, comment peut on accepter que les états autorisent une telle concentration de pouvoir entre des mains privées ?
La réponse à cette questions est identique, nonobstant les liens établis entre les multinationales et les dirigeants occidentaux, ces derniers ont été formés dans la doxa de la pensée unique ultralibérale, et ils sont incapables de penser autrement.

En science, une nouvelle théorie ne s’impose jamais, ce sont ses opposants qui finissent par disparaître. Dans notre cas, c’est peut être le système qui disparaîtra en premier, le boulet est déjà passé très près en 2007…

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Article publié sur Agoravox